INTERVIEW
La priorité est l’action sur les principaux déterminants de la santé : le tabac, l’alcool, la nutrition, l’activité physique et, bien évidemment, la vaccination…

François Bourdillon

Directeur Général de Santé Publique France

La réforme de 2017 a fusionné l’InVS, l’Inpes et l’Eprus afin de créer Santé Publique France que vous dirigez, le premier bilan est-il positif ?

C’est un premier bilan positif, sans aucun doute ! L’objectif était double. Bien sûr, il s’agissait de gagner en efficience mais également de mieux articuler les différentes fonctions de la santé publique en France : la surveillance, la prévention et l’alerte. C’est un vrai succès car aujourd’hui ceux qui agrègent le nombre de maladies, qui font de la veille ou de la sécurité sanitaire, peuvent s’appuyer sur les outils de la prévention et de la promotion de la santé et réciproquement. Des succès incontestables sont d’ores et déjà atteints, notamment en matière de tabagisme ou de vaccination. D’autres succès, tout aussi spectaculaires en termes de dynamique d’action et de mobilisation, peuvent être cités, tels que la réponse en situation sanitaire exceptionnelle. à ce jour 20 à 25 opérations sont menées sur le terrain pour l’année 2017. La mobilisation de la réserve sanitaire s’appuie tant sur l’expertise en surveillance épidémiologique de l’agence que sur les outils de prévention et de promotion de la santé.

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a fait de la vaccination une priorité dans sa feuille de route, dans ce cadre SPF a-t-il un rôle d’éducation auprès du patient ?

Santé Publique France a d’abord en matière de vaccination et ce n’est pas rien, assuré le secrétariat de la concertation citoyenne pendant un an, en 2016. C’était une période stratégique car année de la préparation de la loi. Nous avons organisé des débats sans pour autant délaisser notre rôle de vigie puisqu’il nous revient de mesurer la couverture vaccinale qui reste parfois insuffisante. Rôle de vigie fondamental, stratégique même, car on constate qu’il y a des clusters d’épidémies de ces maladies à fort impact sur la santé.

Conséquemment à la recommandation de la concertation citoyenne, nous avons élaboré un site internet à destination du grand public, fondé sur l’information scientifique, factuelle et pédagogique pour que tout à chacun puisse accéder aux informations qu’ils souhaitent sur la vaccination. Ainsi est né en avril 2017 : www.vaccination-info-service.fr. Un an après son lancement, c’est 2,5 millions de visiteurs uniques sur ce site qui ont été comptabilisés. Succès qui répond à un vrai besoin, puisque les pages sont consultées au moment des épidémies, au moment où les questions relatives à la loi émergent : le travail fourni prend alors tout son sens pédagogique.

Quels sont les grands axes de prévention envisagés pour anticiper le développement de certaines pathologies ?

La priorité est l’action sur les principaux déterminants de la santé : le tabac, l’alcool, la nutrition, l’activité physique et, bien évidemment, la vaccination. Dès mon arrivée, j’ai souhaité une très forte mobilisation contre le tabac avec la mise en place de la mesure de la prévalence du tabagisme quotidien tous les ans et le lancement d’une grande opération de marketing social. Lundi prochain (le 28 mai 2018)*, seront annoncés les premiers résultats de l’efficacité du Plan National de Réduction de Tabagisme (PNRT) et je peux vous dire en avant-première qu’on assiste à une chute extrêmement importante du tabagisme en France !.

* Entretien réalisé, par téléphone avec François Bourdillon, Directeur Général de Santé Publique France, le 24 mai 2018