Tribune

Par
Sébastien Guérard,
Président de la FFMKR et de l’UNPS
Valérie a 54 ans. Opérée d’un cancer du sein, elle présente une importante cicatrice, douloureuse et associée à un œdème mammaire. Elle a besoin de soins de kinésithérapie pour assouplir sa peau, soulager ses douleurs, traiter sa cicatrice et son œdème, et retrouver l’amplitude de son épaule.
Antoine a 70 ans. Traité par chimiothérapie, il se plaint de raideurs musculaires, de douleurs articulaires et de problèmes d’équilibre. Il a besoin de soins de kinésithérapie pour retrouver de la force musculaire, une liberté de mouvement et une meilleure qualité de vie.
Mélissa a 37 ans. Sédentaire, atteinte d’une maladie chronique, elle présente plusieurs facteurs de risque pouvant favoriser l’apparition d’un cancer. Elle a besoin d’un accompagnement par un kinésithérapeute afin de renouer avec une activité physique adaptée à sa situation et à ses envies.
François a 44 ans. Il vient de subir une entorse à la cheville. Au cours de son examen, son kinésithérapeute remarquera la présence sur sa peau de nævi larges et irréguliers, et l’orientera vers un médecin pour qu’il bénéficie d’un suivi spécifique eu égard à son risque de développer un cancer de la peau.
Fatou a 72 ans. Hospitalisée en soins palliatifs, elle souhaite être soulagée de ses douleurs, retrouver davantage d’autonomie, de confort de vie et de confiance en elle. Elle a besoin de soins de kinésithérapie.
Michel a 69 ans. Opéré à la suite d’un cancer du poumon, ses capacités physiques sont fortement limitées. Il a besoin de soins de kinésithérapie pour améliorer ses fonctions respiratoires.
Chaque patient est unique. Les programmes de lutte contre le cancer évoluent et ils ne pourront être efficaces dans l’avenir sans une approche globale, pluridisciplinaire et centrée sur la qualité de vie des patients. Parmi les professionnels de santé engagés dans ce combat, les kinésithérapeutes occupent une place encore trop méconnue, mais pourtant essentielle. Leur rôle ne se limite pas à la rééducation fonctionnelle : ils participent activement au soulagement des symptômes, notamment les douleurs persistantes traitées par des thérapeutiques non médicamenteuses grâce à l’apport des neurosciences de la douleur. Les kinésithérapeutes ont une action dans la prévention des complications, l’accompagnement physique et comportemental, et dans la restauration de l’autonomie des personnes touchées par un cancer.
Les besoins des patients en oncologie sont multiples et évolutifs. La maladie, ses traitements et leurs conséquences engendrent souvent fatigue, douleurs, pertes fonctionnelles, altération de la capacité respiratoire ou cardiovasculaire, et risques de complications comme le lymphœdème. Face à cette complexité, l’intervention du kinésithérapeute repose sur une évaluation individualisée et une prise en charge adaptée à chaque phase de la maladie et de son évolution : la préhabilitation avant les traitements, largement proposée dans d’autres pays et qui devrait être plus exploitée en France dans les années à venir, la rééducation et les soins de support pendant la thérapeutique, la réadaptation et l’accompagnement vers la reprise de vie personnelle et professionnelle.
Sans oublier, bien entendu, tout ce que les kinésithérapeutes peuvent apporter en termes de prévention de la survenue des cancers, grâce à un accompagnement vers une activité physique adaptée, et grâce aux repérages précoces au cours des séances de rééducation.
Au cours des prochaines années, plusieurs axes stratégiques devront être consolidés : renforcer la formation initiale et continue des kinésithérapeutes en oncologie ; encourager la recherche clinique en rééducation oncologique et favoriser la bi-appartenance entre la recherche et l’activité clinique ; intégrer les kinésithérapeutes aux dispositifs de coordination en soins de support, notamment via la fonction émergente de kinésithérapeute coordonnateur ; reconnaître leur rôle central dans les parcours personnalisés de soins, et garantir un accès équitable et territorialement homogène à ces prises en charge, notamment par la généralisation de l’accès direct. Enfin, il conviendra de favoriser l’accès à l’activité physique adaptée pour tous les patients atteints de cancer, en habilitant les kinésithérapeutes à prescrire de l’activité physique et sportive.
La kinésithérapie n’est donc pas un soin secondaire ou optionnel dans la prise en charge du cancer : elle est un pilier principal des soins de support, un levier de récupération, un soutien à la qualité de vie et à la dignité des patients. Il est temps que cette place soit pleinement reconnue, structurée et financée à la hauteur des enjeux de santé publique.
La cancérologie représente un condensé de tous les enjeux de santé publique : recherche, innovation, formation, prévention, accessibilité, décloisonnement. La kinésithérapie et les Centres de lutte contre le cancer (CLCC) ont de nombreux points communs : la recherche de l’excellence thérapeutique, la vision globale des besoins des patients, l’attention portée au lien entre ville et hôpital. Et, surtout, une farouche volonté de travailler ensemble à améliorer la vie des patients atteints de cancer.
