Tribune

Par
Cécile Badiola-Lagardère et Alexandre Vainchtock,
Directrice générale et Directeur général adjoint d’HEVA
La sobriété est une notion axée sur la tempérance et la « juste mesure ». En d’autres termes, loin d’être synonyme de frugalité ou de rationalisation, la sobriété en santé soutient la volonté de fournir le juste soin au bon patient au bon moment.
La capacité du système à répondre à cette promesse est sans aucun doute liée à notre capacité à collecter, analyser et interpréter les données de santé disponibles que nos systèmes informatiques de soins génèrent en continu depuis des années.
Loin de devoir collecter des masses de données sans valeur, inexploitées ou inexploitables, l’enjeu repose surtout sur : « Collecter bien pour exploiter au mieux. » Dans la course à la donnée de santé et face à la quantité de données aujourd’hui à notre disposition, seulement une partie de celles-ci se révèle vraiment utilisable et d’autres sont encore, à ce stade, inaccessibles ou encore trop difficiles à mobiliser.
Guider des décisions stratégiques et opérationnelles relatives à la prise en charge d’un patient ou à la gestion d’un établissement exige d’ériger comme doctrine des principes fondamentaux pour transformer la donnée brute en point de référence fiable, et faciliter l’accès aux données est une démarche indispensable si nous voulons une véritable accélération de l’innovation, des gains de productivité et une capacité accrue à mobiliser les ressources du système de santé au bon moment pour le bien du patient.
Les données du système de santé français constituent un actif immatériel puissant qu’on se doit de valoriser pleinement.
Le SNDS, un trésor national
Les bases médico-administratives du Système National des Données de Santé (SNDS) sont un exemple de la puissance que peut représenter une base de données exhaustive à l’échelle de la population française, soit près de 68 millions de personnes. Bien qu’étant peu cliniques (par exemple absence de résultats biologiques ou d’imagerie), elles couvrent les données de l’Assurance maladie (SNIIRAM), les données hospitalières (PMSI), les données de mortalité (CepiDc), les données de handicap (MDPH) et à terme les données des assureurs complémentaires.
Les principales données disponibles dans ces bases jouent un rôle majeur en termes de sobriété en santé, notamment pour réduire les actes inutiles (consultations, examens, traitements), limiter les surprescriptions (ex : antibiotiques, imagerie) ou encore améliorer la pertinence des soins.
Grâce à l’analyse des données du SNDS, nous pouvons identifier les actes ou prescriptions non pertinents, détecter les surprescriptions d’antibiotiques, analyser les taux d’imagerie non justifiée, voire même repérer les hospitalisations évitables.
Le SNDS permet également de reconstituer les parcours patients et donc d’observer les comportements des patients pour un même motif, la répétition d’examens similaires ou équivalents, ou au contraire la rupture ou doublon dans la prise en charge.
Enfin, le SNDS est un outil pour établir les politiques de prévention et optimiser l’allocation des ressources en permettant d’évaluer l’impact des campagnes de prévention, d’identifier les populations à risque ou d’anticiper les besoins futurs.
Tout ceci est rendu possible grâce à l’analyse des informations administratives sur le patient (identifiant anonyme, âge, sexe, commune de résidence), les professionnels de santé (n° d’identification crypté, spécialité, statut conventionnel, commune d’implantation) et les établissements de soins (code Finess, date d’entrée et de sortie, mode d’entrée et de sortie, certaines unités médicales comme la réanimation ou les soins intensifs), ainsi que les informations médicales sur les consommations de soins en ville (médicaments et dispositifs médicaux, actes médicaux et consultations, actes de biologie, transports sanitaires) et à l’hôpital (médicaments et dispositifs médicaux en sus, actes médicaux, d’exploration et chirurgicaux).
EDS, FeData, P4DP, … les Health Data Platforms pour un partage et un pilotage des données
Audacieux, les CHU se sont engagés depuis fin 2024 dans un projet d’envergure visant à adresser ensemble les enjeux autour des données de santé en vie réelle et à offrir une proposition de valeur performante et attrayante à un système encore trop cloisonné, visant à stimuler fortement la recherche et l’innovation en déverrouillant l’accès aux données hospitalières.
Une approche fédérée de partage des données de santé hospitalières est en train de voir le jour à travers le projet FeData. Ce projet, qui vise à construire selon une approche multicentrique une capacité à lier les entrepôts de données de santé des 32 CHU, sera un levier considérable d’efficacité pour l’innovation et apportera au SNDS la complémentarité en données cliniques hospitalières qui lui fait défaut.
En outre, d’autres initiatives sont à mettre en avant, telles que P4DP financé par France 2030, qui agrège les données de santé de médecine générale, s’appuyant sur les données contenues dans les dossiers électroniques de la patientèle des médecins généralistes ou encore les entrepôts de données de santé des groupes de laboratoires de biologie qui viennent enrichir notre vision et notre compréhension épidémiologique et thérapeutique.
Toutes ces initiatives sont des projets majeurs, déterminants dans la constitution des actifs immatériels qui sont indispensables pour établir une vision fiable, complète et exhaustive d’un parcours, d’une thérapeutique, d’une population ou encore réaliser une gestion optimisée de nos ressources et apporter aux professionnels de santé, aux décideurs et aux scientifiques les bonnes analyses, les bons tableaux de bord et l’accompagnement nécessaire aux bonnes décisions dans un système de santé sobre et performant.
