Tribune

« La circulation des données permise par la mise en place du standard FHIR […] doit nous permettre d’aller plus vite vers un système de santé plus sobre, plus efficace »

Par
le Dr. Cyrille Isaac-Sibille
Député de la 12e circonscription du Rhône

Le système de santé français a atteint un point de bascule : son déficit se creuse d’année en année, porté par le vieillissement de la population et la progression des pathologies chroniques. Si nous voulons éviter l’asphyxie financière et préserver la qualité de notre modèle social, nous devons rendre son organisation et son fonctionnement davantage efficients et sobres dans l’usage de ses ressources.

Cela suppose de changer nos pratiques : mieux prévenir, mieux coordonner, mieux utiliser les outils dont nous disposons. Et parmi les leviers, l’un reste encore trop peu exploité en France : les données de santé.

Lorsqu’elles sont correctement mobilisées, elles permettent de développer une médecine personnalisée, préventive, prédictive, participative et probante, avec des diagnostics plus justes, des prises en charge ciblées, un pilotage des établissements de santé au plus près des besoins. Mais aujourd’hui, ce potentiel reste freiné par le manque d’interopérabilité des systèmes d’information de santé.

Des données qui ne circulent pas

Tous les jours, d’importants volumes de données de santé sont produits (examens, prescriptions, comptes rendus). Cependant, ces données sont enregistrées dans des logiciels hétérogènes, avec leurs propres formats, leurs propres langages et opérateurs. Malgré les investissements du Ségur du numérique pour renforcer l’interopérabilité des systèmes, ils peinent à communiquer entre eux, rendant le partage et l’exploitation des données difficiles.

Cette fragmentation a un coût : la coordination est ralentie, les examens sont redondants, les tâches administratives sont alourdies… Un système où la donnée circule mal est un système peu efficient, générant du gaspillage qui pèse sur la qualité des soins, sur nos objectifs environnementaux et sur les finances publiques.

Faire de FHIR un standard commun

L’Union européenne s’apprête à rendre obligatoire le standard FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources), qui permet de traduire tous les éléments d’un dossier patient (biologie, imagerie, diagnostics, prescriptions) dans un langage compréhensible par tous les logiciels. En France, peu d’acteurs anticipent ce virage.

Soutenir une logique de sobriété et d’efficience de notre système de santé appelle à anticiper les changements majeurs. C’est pourquoi nous devons dès à présent imposer aux éditeurs de logiciels et services numériques de se conformer à ce standard européen. Rattraper le retard de la France en matière de numérique en santé en faisant converger les systèmes d’information permettrait :

– d’assurer une cohérence dans les échanges de données
– d’en garantir la qualité et la sécurité
– d’accélérer les usages qui en dépendent (coordination, recherche, innovation)
– de donner aux citoyens les moyens de devenir acteurs de leur santé.

Au-delà de l’aspect technique, FHIR ouvre la voie à une véritable transformation de notre système de santé. Il permettrait de sortir d’un modèle centré sur l’acte pour valoriser la prévention, la qualité des parcours, la pertinence des soins. Avec ce changement de logique, la rémunération des praticiens pourrait intégrer les économies générées par une meilleure coordination entre professionnels, et in fine, il deviendrait plus intéressant de prévenir une hospitalisation que de multiplier les consultations et examens.

En conclusion, la circulation des données permise par la mise en place du standard FHIR est un véritable levier d’organisation. C’est un choix stratégique qui doit nous permettre d’aller plus vite vers un système de santé plus sobre, plus efficace, au bénéfice des patients, des soignants, et de nos finances publiques.