Tribune

« Il en va de l’habitabilité de notre planète et de la santé de tous »

Par
Etienne Tichit,
Directeur général de Novo Nordisk et Président de la FEFIS

En tant qu’entreprise de santé qui développe, produit et commercialise des médicaments innovants destinés à la prise en charge dans la durée des maladies chroniques, Novo Nordisk s’est très tôt senti concerné par l’impératif de sobriété et de décarbonation. Pour cause, selon le Shift Project, le système de santé français représente plus de 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, parmi lesquelles 50 % sont attribuables aux produits de santé, quand la demande en soins est croissante, avec une augmentation de la prévalence des maladies chroniques.

Si les dernières années ont montré un élan positif en faveur de la décarbonation du système de santé – de nombreux projets d’investissement ont vu le jour et de nombreuses entreprises ont pris des engagements – force est aujourd’hui de constater que le contexte géopolitique, couplé à l’instabilité politique française, pourraient perturber une dynamique forte.

Le constat est pourtant bien clair : il est impératif d’agir pour la sauvegarde de notre planète, des écosystèmes et des espèces. Tous les leviers doivent ici être activés, et c’est dans cette démarche que Novo Nordisk s’est positionné comme un pionnier industriel de la décarbonation du système de santé depuis plus d’une dizaine d’années. Chacune des étapes du cycle de vie de ses produits de santé a ainsi été repensée : une R&D plus verte, une production plus verte, des usages plus verts et une gestion de la fin de vie du produit plus verte. À titre d’exemple, Novo Nordisk a lancé la première solution de collecte et de recyclage des stylos injecteurs préremplis en France en 2022. Le comptage des émissions carbone est aussi clé pour accélérer la décarbonation du secteur ; le groupe Novo Nordisk a ainsi été l’un des premiers à publier ses analyses de cycle de vie pour chacun de ses médicaments en 2024.

Le défi est immense avec les besoins en traitements innovants, comme les nôtres, présentés sous forme injectable et conservés au frais, pour accompagner au quotidien les personnes touchées par le diabète, l’obésité, les troubles de la croissance et de l’hémostase. Déjà, chaque année, ce sont plus de 600 millions de stylos – soit 12 000 tonnes de plastique – qui sont distribués partout dans le monde. Demain, nous envisageons de pratiquement doubler nos capacités et de mettre l’accent sur des formulations à conservation à température ambiante et des formes galéniques sèches, telles que des comprimés.

Il n’y a pas de planète B et notre ambition est de remplir pleinement nos objectifs en santé, tout en poursuivant notre plan stratégique Circular For Zero.

Novo Nordisk, fort de ses racines danoises, s’est engagé à atteindre la neutralité carbone pour ses opérations et transports d’ici 2030, puis pour l’ensemble de sa chaîne de valeur d’ici 2045. Son site de production chartrain est neutre en carbone depuis 2022 grâce à des investissements massifs dans la gestion de l’eau et la production de chaleur. Néanmoins, si Novo Nordisk incarne ce dynamisme, généraliser de telles initiatives à l’ensemble d’un secteur représente un défi industriel et technologique majeur, et il reste donc à réunir les conditions d’une transition fluide.

Pour les industriels de santé, cela implique en particulier une valorisation de l’investissement bas carbone, avec un soutien au développement de la production en France et en Europe. Sur la politique tarifaire, la reconnaissance d’un « critère vert » dans l’évaluation et la fixation du prix d’un produit de santé est aussi un levier important. À l’heure où s’impose un enjeu de souveraineté sanitaire européenne, avec une Europe parfois prise en étau entre les États-Unis et l’Asie, ces éléments seront essentiels pour préserver notre système et garantir l’accès des patients aux innovations thérapeutiques les plus appropriées.

Certaines mesures figurent d’ailleurs dans les propositions de la Feuille de route décarbonation remises au ministre de la Santé et au ministre de l’Industrie dans le cadre du Contrat stratégique de filière, que j’ai eu l’honneur de piloter de 2023 à 2025, missionné par la Fédération Française des Industries de Santé et le Conseil National de l’Industrie.

Mais on ne saurait répondre pleinement à l’enjeu de sobriété sans agir en parallèle sur la prévention des maladies chroniques, dont la progression, année après année, reste malheureusement déroutante, et dont le poids pour notre système, en particulier en matière de consommation de soins, est un fardeau grandissant en conséquence. Dans une étude publiée en juin 2025 sur les effets de l’obésité sur le monde du travail, le cabinet Asterès estime par exemple que plus de 7,2 millions de pathologies, traitements ou autres événements de santé, et 68 000 décès sont attribuables à l’obésité chaque année en France, pour un coût socio-économique global de près de 20 milliards d’euros en 2024.

Aujourd’hui pourtant, l’arsenal thérapeutique peut contribuer à pallier cette problématique de santé publique et produire un effet positif sur la consommation des ressources. L’accessibilité aux outils thérapeutiques est ici un enjeu majeur dès lors qu’ils produisent un effet en prévention secondaire, compte tenu de leur apport dans la diminution des comorbidités associées à la pathologie. Bien entendu, cela doit être couplé à une démarche beaucoup plus ambitieuse de prévention primaire, en promouvant notamment une approche pluriannuelle intégrée dans une stratégie nationale de santé dotée de moyens efficaces d’action.

La sobriété de notre système de santé n’est pas une utopie. C’est un défi que nous saurons relever ensemble, à condition que chacun dispose des moyens de s’investir pleinement et de déployer sur le sol français et européen son plein potentiel. Il en va de l’habitabilité de notre planète et de la santé de tous.