Tribune

Performance en santé : les idées des acteurs
« Les kinésithérapeutes libéraux possèdent les compétences et la formation nécessaires à l’ouverture de l’accès direct à leur profession »

Sébastien Guérard
Président de la Férédation des Masseurs Kinésithérapeutes Rééducateurs (FFMKR)

Les recommandations de l’OMS proposent d’inclure la rééducation comme soin essentiel, au même titre que les soins médicaux, car c’est un investissement dans le capital humain et dans sa santé, qui permet in fine de favoriser le développement économique et social du pays.

Le système de santé actuel peine à contenir la demande de soins qui augmente dans un contexte de diminution de la densité médicale entraînant une difficulté d’accès aux soins et un engorgement des services d’urgence. Dans le même temps, la démographie des kinésithérapeutes augmente et l’accès direct aux kinésithérapeutes pourrait répondre en partie à cette problématique.

L’accès direct au kinésithérapeute

Idéal

Près de 6 millions de patients sont sans médecin traitant en France, dont 650 000 sont en affection longue durée (ALD). Ce constat appelle à transformer le système de santé, qui, dans sa configuration actuelle, n’est plus en mesure de répondre aux besoins de soins de l’ensemble de la population. Pour cela, il est nécessaire de repenser entièrement l’organisation des soins en maximisant l’utilisation des ressources disponibles, notamment en mobilisant l’ensemble des compétences des professionnels de santé de ville. Élargir l’accès direct à certaines professions, multiplier les portes d’entrée dans le système de santé avec un retour d’information systématique au médecin traitant qui doit rester le garant du parcours de santé, est une des solutions pragmatiques et immédiatement applicables. Les kinésithérapeutes libéraux possèdent les compétences et la formation nécessaires à l’ouverture de l’accès direct à leur profession. Ils pourraient ainsi renforcer le premier recours, en lien avec le médecin traitant, et éviter ainsi des passages aux urgences inutiles. La reconnaissance immédiate de l’accès direct à la kinésithérapie, qui existe par ailleurs dans de nombreux autres pays d’Europe, est un choix cohérent et adapté aux enjeux de notre système de santé.

L’accès direct en kinésithérapie n’est ni une délégation de tâches, ni un transfert de compétences, puisqu’il s’inscrit pleinement dans le cadre de l’exercice de la kinésithérapie sans jamais remettre en question le parcours de soins des patients coordonné par le médecin (contrairement aux « médecines alternatives »). C’est une réorganisation du parcours de soins, sans prescription médicale systématique préalable.

Problématiques/obstacles

La loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 prévoit qu’« en cas d’urgence et en l’absence d’un médecin, le masseur kinésithérapeute est habilité à accomplir les premiers actes de soins nécessaires en masso-kinésithérapie ». Cette loi reconnaît ainsi que les kinésithérapeutes ont la capacité d’établir sans réserve des évaluations cliniques qui déterminent les critères qui autorisent la rééducation ou qui nécessitent une réorientation vers un médecin. Malgré cette reconnaissance, la mise en place de l’accès direct à certaines professions paramédicales a été, jusqu’à présent, uniquement considérée dans le cadre expérimental. Cette limitation à certains territoires, et parfois à certains lieux de soins (MSP, CPTS), n’a pas permis d’obtenir des résultats à grande échelle en faveur de l’accès aux soins. Il est impératif de sortir du cadre des expérimentations et d’engager une réforme ambitieuse des prises en charge avec l’accès direct.

Une volonté politique forte et une modification de la réglementation, sont deux conditions indispensables à l’ouverture de l’accès direct au kinésithérapeute.

Pistes de solution/propositions

L’accès direct s’avère un dispositif gagnant pour le patient qui reste maître de son parcours de soins et libre du choix de ses praticiens, pour l’Assurance maladie avec les économies engendrées et pour le médecin traitant qui, grâce au bilan-diagnostic kinésithérapique transmis par le kinésithérapeute, assure le suivi de son patient dans sa globalité tout en ayant plus de temps médical disponible.

En effet, le kinésithérapeute étant compétent pour établir un diagnostic d’exclusion et un différentiel dans son champ de compétence, le parcours de soins est facilité tout en respectant la sécurité et la qualité des soins.

Reconnaître à la kinésithérapie le statut de profession médicale à compétence définie et permettre l’accès direct à la kinésithérapie, aux conseils, et si nécessaire au traitement kinésithérapique, permettrait de réduire les arrêts maladie, d’accélérer le rétablissement et d’améliorer les perspectives à long terme pour la santé et le bien-être des patients.

L’accès direct au kinésithérapeute peut jouer un rôle clé dans l’accès aux soins et pour plusieurs types de prises en charge.

Quelques exemples

L’entorse de cheville

Celle-ci représente 7 à 10 % des pathologies d’urgence hospitalière soit environ 6 000 passages aux urgences chaque jour. Le coût d’une consultation hospitalière simple (CCMU1) s’élève à 115 euros alors que la prise en charge par un kinésithérapeute s’élève à 16,12 euros. Le parcours de soins du patient est aussi facilité et sa qualité assurée. La HAS estime qu’en cas de douleur et de gonflement importants, un traitement d’attente reposant sur du repos, l’utilisation de cannes anglaises, l’application de glace, la compression et la surélévation est préconisé… donc, un traitement ne nécessitant pas l’intervention d’un médecin en première intention.

Première évaluation visant la bronchiolite du nourrisson

Les kinésithérapeutes sont spécifiquement formés à la prise en charge de la bronchiolite. L’accès direct au kinésithérapeute pourrait permettre d’éviter les consultations non justifiées aux urgences et de désencombrer les services hospitaliers en favorisant le retour dans leurs familles des jeunes patients dont la situation médicale ne requiert pas le maintien en hospitalisation. Le coût de la prise en charge d’une bronchiolite par un kinésithérapeute s’élève à 17,85 euros contre 250 euros aux urgences d’un CH et 1 500 euros aux urgences d’un CHU.

Source : Les nouveaux chemins de la performance en santé – CRAPS et ANAP