Tribune

Par
Jérôme GARNIER,
Directeur Exécutif de la Division Oncologie, Hématologie & Thérapie Cellulaire de Bristol Myers Squibb France
Depuis plusieurs années, les thérapies cellulaires CAR-T (Chimeric Antigen Receptor T-cells) représentent un nouvel espoir pour les patients atteints de formes sévères de cancers du sang. Ces traitements personnalisés ciblent spécifiquement les cellules cancéreuses. En réécrivant le propre code biologique des lymphocytes T du patient pour combattre la maladie, elles redéfinissent le champ des possibles, non seulement en améliorant le pronostic, mais aussi en ouvrant la voie à une médecine hautement individualisée et efficace. Les CAR-T ont ainsi transformé l’expérience des patients et ouvert la voie à des guérisons encore impensables il y a quelques années. Utilisées aujourd’hui pour traiter les cancers du sang, ces thérapies pourraient être étendues dans les prochaines années à d’autres maladies graves comme le lupus, la sclérose en plaques, les cancers dits solides et les maladies cardiovasculaires.
Les défis du parcours de soins en France
Outre les espoirs qu’elles portent, ces innovations de rupture induisent également de profondes modifications dans la prise en charge des patients.
L’administration d’une thérapie CAR-T nécessite une perfusion unique. Toutefois, cette perfusion est l’aboutissement d’un parcours comprenant un certain nombre d’étapes préalables, qui nécessitent du temps, et, pour le patient, d’être pris en charge dans un établissement de santé autorisé à administrer le traitement.
La thérapie CAR-T nécessite en effet un prélèvement des cellules du patient (aphérèse), leur modification génétique en laboratoire, puis leur multiplication ; un processus qui peut prendre plusieurs semaines. Après expansion de ces cellules modifiées, le patient reçoit une chimiothérapie de préparation (lymphodéplétion), puis les cellules CAR-T sont réinjectées. Le patient est ensuite étroitement surveillé à l’hôpital, notamment pour dépister et gérer d’éventuels effets secondaires parfois sévères, avant d’entrer en phase de suivi régulier en hôpital de jour ou en consultation afin d’évaluer l’efficacité du traitement et de contrôler d’éventuelles complications tardives. Les thérapies CAR-T mobilisent donc de nombreuses ressources cliniques, hospitalières et logistiques. Néanmoins, l’administration unique des CAR-T présente un réel avantage pour la qualité de vie des patients par rapport aux traitements au long cours et peut apporter des bénéfices cliniques durables pour les patients qui obtiennent une rémission profonde.
L’équité d’accès : un impératif pour Bristol Myers Squibb
Au-delà de la mise à disposition de traitements innovants pour les patients éligibles, Bristol Myers Squibb souhaite agir afin d’assurer que l’accès aux traitements soit le plus équitable possible.
Nous avons tout d’abord souhaité contribuer à l’avancement des connaissances sur l’accès des patients aux thérapies CAR-T avec la conduite d’une étude nationale à partir de données exhaustives hospitalières. Les résultats de cette étude ont fait l’objet de posters présentés à l’occasion du 44e congrès de la Société française d’hématologie, en mars 2024.
Les résultats mettent en avant des différences d’accès aux soins selon les régions françaises, mais également des points positifs sur l’accès aux soins liés à l’augmentation du nombre de centres autorisés à administrer des traitements par CAR-T.
À titre d’exemple, pour les patients pris en charge par thérapie CAR-T pour un lymphome à cellules B, la distance moyenne parcourue jusqu’au centre qualifié a quasiment diminué de moitié entre 2018 et 2022, passant de 158 km en 2018 à 88 km en 2022. La durée moyenne de trajet a elle aussi considérablement diminué passant de 1 h 47 en 2018 à 1 h 08 en 2022. Ces résultats sont à mettre en regard avec l’augmentation du nombre de centres qualifiés ayant administré au moins une thérapie cellulaire CAR-T qui était de 2 en 2018 à 29 en 2022.
Néanmoins, la distance moyenne parcourue par les patients pour se rendre au centre qualifié varie en 2022 selon le département de résidence des patients : de moins de 50 km à plus de 200 km en moyenne entre départements extrêmes.
Pour les patients traités par thérapie cellulaire CAR-T dans le cadre d’un myélome multiple sur la période 2021-2022, le nombre de centres qualifiés sur la période était de 11. La distance moyenne entre le domicile du patient et le centre qualifié était de 112 km et le temps de trajet estimé à 1 h 26 en moyenne, avec des disparités régionales également.
L’augmentation du nombre de centres autorisés à administrer des thérapies cellulaires CAR-T est une première étape vers l’équité, avec des impacts sur la diminution de temps de trajet tel que cela a pu être observé dans les études ci-dessus.
Les enjeux de capacité de soins et d’optimisation du parcours sont également des éléments importants sur lesquels il est nécessaire de se pencher. À ce titre, l’essor des technologies numériques, et notamment l’appui sur des dispositifs médicaux de télésurveillance, est une solution à considérer afin de détecter et gérer d’éventuels effets secondaires en sortie d’hôpital, et d’optimiser l’allocation des ressources hospitalières à la prise en charge de nouveaux patients. C’est dans ce sens que Bristol Myers Squibb a annoncé un partenariat avec la société Résilience afin de développer et déployer un programme spécifique visant à améliorer le parcours de soins des patients traités par thérapie cellulaire CAR-T. Renforçons également les collaborations en élargissant les possibilités de partenariat public-privé et en accélérant la mise en place des essais cliniques.
Les thérapies cellulaires CAR-T incarnent une révolution médicale, mais leur potentiel ne pourra pleinement s’exprimer que si l’ensemble des patients, où qu’ils se trouvent, y accèdent dans des conditions équitables et optimisées. Ensemble, faisons des thérapies cellulaires une réalité accessible pour les patients, partout en France !
