Tribune

22 000 hospitalisations et 12 000 décès par an, pour le seul domaine des maladies cardiovasculaires. […] Il est donc indispensable que le rôle déterminant de l’adhésion thérapeutique soit compris du plus grand nombre

Par
Dr Agnès Devois,
Directrice des affaires publiques monde du groupe Servier

Le groupe Servier s’engage autour de l’adhésion thérapeutique, considérée comme un enjeu majeur de santé publique et pouvant, en étant prise en compte, contribuer à la limitation de l’impact des maladies chroniques sur notre système de santé. Il y contribue en travaillant de manière transverse avec les associations de patients, les sociétés savantes et d’autres industriels afin de développer des innovations en la matière : éducation thérapeutique, single pill combinations, applications digitales d’accompagnement des patients…

Grâce aux progrès en infectiologie (vaccination, traitements antibiotiques…), l’espérance de vie des Français s’est améliorée de manière significative. Sous l’influence de nouveaux facteurs de risque, ce sont de nouvelles maladies qui sont apparues et devenues chroniques au fil du temps, notamment les maladies cardiovasculaires pour lesquelles, à nouveau, des innovations sont apparues durant les 50 dernières années, permettant la prise en charge :

– de leurs facteurs de risque, comme l’hypertension artérielle, le diabète et la dyslipidémie ;

– de leur apparition/prévention et de leurs complications via un suivi régulier auprès de médecins spécialistes et autour d’examens complémentaires de suivi (bilans biologiques, ECG, échographies cardiaques et vasculaires, holters ECG et pression artérielle…).

Ainsi, l’amélioration de l’espérance de vie s’est notamment faite ces 50 dernières années autour d’une meilleure prévention et prise en charge de ces pathologies. Mais ces dernières restent une très grande cause de morbi-mortalité alors qu’un arsenal thérapeutique permet leur prise en charge dans des conditions satisfaisantes. Une cause majeure est quasi méconnue ; il s’agit de la non-adhésion thérapeutique, notion que nous développerons ultérieurement.

En parallèle, les pays développés connaissent actuellement une explosion du nombre de cancers, notamment chez des patients plus jeunes. Les innovations de rupture mises à disposition des patients depuis quelques dizaines d’années ainsi qu’une meilleure caractérisation des tumeurs permettent désormais d’offrir une médecine personnalisée, de précision. Cela a radicalement changé le pronostic de certains cancers, en permettant la guérison pour une plus large population ou en transformant la pathologie cancéreuse en maladie chronique là où la survie à court terme était un enjeu il y a encore quelques années. Ainsi, il faut s’attendre à ce qu’un nombre très important de patients vieillissants soient atteints de cancers devenus des pathologies chroniques.

Aujourd’hui, un quart des adultes en âge de travailler en Europe souffre d’une maladie chronique, avec 36 % des adultes de plus de 65 ans vivant avec plusieurs maladies chroniques.

Pour ces patients, pour lesquels une solution thérapeutique existe, se cache une réalité dont nous sommes tous témoins sans toujours nous rendre compte des enjeux : de nombreuses études ont montré qu’un an après la prescription de leur traitement, la moitié des patients souffrant de maladies chroniques ne prennent plus leur traitement, ou le prennent de façon incomplète.

Les explications sont nombreuses à ce phénomène : insuffisance de connaissances sur leur pathologie et ses enjeux, méconnaissance des professionnels de santé sur la non-adhésion thérapeutique, lassitude de prise de traitements au long cours, traitements trop nombreux du fait de la multiplicité des maladies chroniques traitées, effets indésirables des médicaments, caractère silencieux des pathologies ou complications à long terme seulement. Ceci est valable pour toutes les maladies chroniques identifiées comme telles ; l’on rappellera par ailleurs qu’il existe désormais nombre de chimiothérapies par voie orale, à prendre à domicile et autant de témoignages de patients et personnalités ayant cessé tout traitement au moment d’une phase de rémission, en lien avec une mauvaise compréhension des enjeux à moyen ou long terme de leur pathologie et de la non-prise de la thérapeutique.

La non-adhésion thérapeutique est responsable en France de 22 000 hospitalisations et de 12 000 décès par an, pour le seul domaine des maladies cardiovasculaires. Elle n’a pas encore fait l’objet de quantifications en oncologie, à notre connaissance.
Nous avons donc le devoir d’agir collectivement afin que le parcours de santé des patients souffrant de maladies chroniques ait un impact maîtrisé sur notre système de protection sociale.

Parmi les propositions :

– Prise de conscience générale sur le sujet et suivi par aire thérapeutique de l’adhésion aux thérapeutiques (notamment en oncologie) ;

– Éducation thérapeutique des patients et partage de connaissances entre les patients ;

– Implication des professionnels de santé : médecins, pharmaciens, infirmiers ;

– Solutions numériques d’accompagnement du patient ;

– Solutions industrielles d’accompagnement du patient : développement des single pill combinations, c’est-à-dire la combinaison de plusieurs médicaments en un seul, afin de réduire le nombre de prises (2 en 1, 3 en 1, 4 en 1) ;

– Développement de méthodologies pour mesurer l’adhésion thérapeutique.

Il est donc indispensable que le rôle déterminant de l’adhésion thérapeutique soit compris du plus grand nombre, afin que notre système de soins ne soit plus sur-sollicité par des complications qui devraient être évitées.