Tribune

Une femme triste, assise.
La vitrine des JOJP2024 doit porter un nouveau message de promotion de la santé notamment en santé mentale

Quentin Gicquel
Président d’Imhotep

Antoine Cases
Directeur général d’Imhotep

Notre système de santé est centré sur les soins, l’hôpital et la médecine curative. Nous en sommes plus à une lutte « contre la maladie » que « pour la santé ». En parallèle de ce constat, certaines campagnes de prévention peuvent être déprimantes ou culpabilisantes. Ce cocktail peut conduire les citoyens à percevoir la santé négativement, ennuyeuse, voire effrayante. Il est donc important de redessiner le visage de la santé en France et de réorienter la trajectoire de celle-ci, pour passer du tout curatif à un système plus préventif et basé sur la promotion.


La promotion de la santé est une démarche globale et positive. Elle cible autant les personnes atteintes de maladies que celles en « bonne santé ». L’objectif est d’autonomiser et de renforcer les connaissances, aptitudes et capacités des individus pour que chacun ait une meilleure maîtrise de ses propres déterminants de santé. Cela revient à ce que chacun puisse agir sur des facteurs définissables qui influencent l’état de sa santé, ou qui y sont associés.


La globalité de cette démarche nous pousse à nous pencher sur la définition de la santé de l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »


Le bien-être physique étant jusqu’alors au cœur de notre système, il semble important d’élargir notre regard sur cette définition pour l’apprécier dans son intégralité. C’est en ce sens que la santé mentale constitue un sujet qui doit être abordé et qui l’est d’ailleurs de plus en plus. Cela s’est fortement senti au cours des dernières années avec une libération croissante de la parole, notamment sur les réseaux sociaux. De plus, des personnalités se sont exprimées publiquement. On note, par exemple, l’acteur Tom Holland ou des sportifs tels que la gymnaste médaillée d’or olympique, Simone Biles et plus récemment, le champion du monde de football Benjamin Pavard.


Pour ce qui est de l’état des lieux à l’échelle de notre nation, nous savons que, dès l’âge de 4 ans, les Français sont ceux qui ont le moins confiance en leurs propres capacités. Ce sont les plus anxieux et ceux qui présentent une des plus faibles capacités à coopérer entre eux, par rapport à tous les autres pays de l’OCDE.


En parallèle, le développement des compétences psychosociales (CPS) a connu en France une évolution lente et laborieuse. Ces compétences permettent de renforcer le pouvoir d’agir (empowerment), de maintenir un état de bien-être psychique, de favoriser un fonctionnement individuel optimal et de développer des interactions constructives.


Nous sommes donc face à un sujet d’une importance capitale qui prend de l’ampleur dans le débat public et qui est de plus en plus relayé, médiatisé, politisé… Une question essentielle reste cependant à poser : Qu’entendons-nous par « santé mentale » ? Si l’on s’intéresse de plus près à ce concept, nous pouvons nous rendre compte que, d’une part, il est encore souvent associé aux soins psychiatriques et aux pathologies. D’une autre, nous faisons face à l’émergence d’une santé mentale plus personnelle basée, quelquefois, sur le bien-être, quelquefois sur la réussite… Tout ceci est porté par des courants de développement personnel prônant un mode de vie extrêmement sain et contrôlé.


Bien entendu, ces 2 définitions sont des extrêmes qui ont pour vocation à mettre en avant la diversité dans les approches que nous pouvons faire de la santé mentale. Il est intéressant d’avoir un regard plus nuancé et moins tranché pour pouvoir aider les citoyens dans leur globalité à faire face à leurs besoins. La santé mentale est donc, selon l’OMS, un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».

Cette définition prend en compte 3 dimensions :

La santé mentale positive qui correspond au bien-être, à l’épanouissement ou aux capacités d’agir avec son environnement.

La détresse psychologique réactionnelle. Elle est induite par des situations éprouvantes de la vie.

Les troubles psychiatriques qui recouvrent un aspect pathologique.


Nous avons donc une définition de la santé mentale plus large. Cette dernière est présentée comme un ensemble et non sous un axe unique.


Pour développer une bonne santé en considérant cette notion de santé mentale, 2 conditions sont nécessaires :


Le développement de l’estime de soi au niveau individuel, c’est-à-dire l’importance et la valeur que l’on s’attribue.


Le sentiment d’appartenance à un groupe, ou à une société, au niveau collectif, soit le développement du sens de la communauté.


Ce sont deux éléments qui sont facilement accessibles et peu coûteux à mettre en place en termes de politique de prévention. S’ils sont réunis, ils peuvent permettre aux citoyens de prendre davantage soin d’eux-mêmes et des personnes qui les entourent. Le but est, ici, de permettre à chacun de se mesurer aux situations normales de la vie avec le stress qu’elles génèrent.


En revenant sur la globalité que nous propose la notion de promotion de santé, il est intéressant de voir le lien entre santé physique et mentale. Celui-ci est mis en avant par les sciences cognitives et les études interventionnelles en santé publique. En effet, il n’est pas possible d’observer un changement de comportement pour améliorer la santé physique sans un niveau suffisant de santé mentale et d’estime de soi au préalable. D’un autre côté, le bien-être mental est favorisé par le bien-être physique : l’activité physique est une intervention non médicamenteuse reconnue et recommandée pour améliorer l’humeur.


L’activité physique et la santé mentale sont donc étroitement liées l’une à l’autre.

Or, nous constatons que, depuis 50 ans, les jeunes de 9 à 16 ans ont perdu 25 % de leur capacité physique. 66 % des 11-17 ans présentent un risque sanitaire préoccupant avec plus de 2 heures d’écran et moins de 60 minutes d’activité physique par jour. Au vu des problèmes soulevés et, forts de ce lien entre mental et physique, une opportunité semble être à saisir !


Nous arrivons dans une période particulière combinant le post-Covid, l’éco-anxiété, la guerre en Europe, etc. La libération de la parole (des citoyens ou des personnalités) autour de la santé mentale montre le besoin de faire face à ces défis.


La vitrine des JOJP2024 doit porter un nouveau message de promotion de la santé notamment en santé mentale.


Actuellement, la lutte contre la sédentarité est la cause principale retenue par le Comité d’organisation des jeux olympiques de Paris 2024. Dans la présente note, nous proposons d’inclure une notion bien plus puissante : celle de la « promotion de la confiance en soi ». Cet aspect de la santé mentale positive permet à chaque individu d’aller au-delà de la seule notion de lutte contre la sédentarité. Il vise à développer une motivation pour avoir envie de prendre soin de soi.

Nous proposons d’utiliser les Jeux olympiques et paralympiques de Paris comme l’un des vecteurs forts d’augmentation du bien-être, de la confiance en soi et de l’amélioration de la santé des citoyens dans son ensemble, mentale comme physique.


Notre vision est la suivante :

– Utiliser le pouvoir des Jeux pour inspirer le changement vers un nouveau paradigme : la promotion d’une santé positive, incluant de manière effective la santé mentale et la confiance en soi.

– Influencer nos partenaires et fournisseurs et créer des effets et changements larges, durables et de grande portée à l’égard de la santé mentale et de l’inclusion.

Les jeux de Paris peuvent tout changer de par leur influence mondiale ! À l’instar des Jeux de Londres 2012, qui ont permis de déstigmatiser les handicaps et de développer une société plus inclusive, nous voulons nous appuyer sur la puissance et la visibilité de ceux organisés dans notre capitale pour promouvoir la santé mentale. La France doit être à l’initiative de ce changement, afin que les organisateurs des Jeux de Los Angeles 2028 poursuivent cette dynamique.


Le moral des Français est en baisse et c’est à nous, professionnels de santé et professionnels intéressés par la santé, d’insuffler un vent nouveau qui prend en compte la santé dans sa globalité. Il faut bousculer le monde et inciter la société à tirer le meilleur d’elle-même. Pour ce faire, il faut s’appuyer sur des initiatives convaincantes, innovantes, axées sur la prévention et l’éducation autour de la santé. Il est possible et primordial de transmettre à la population française les clés pour développer son estime de soi, dès le plus jeune âge.


Ensemble, nous voulons déployer une stratégie d’influence, basée sur la coopération et la co-construction citoyenne, autour d’un changement de culture en matière de santé mentale. Cette dernière promeut le développement de l’estime de soi et du mieux vivre ensemble. Cette stratégie s’appuierait sur une dynamique visant à positionner la France comme un leader de la promotion de la santé mentale reconnu à travers le monde entier.


 

Sources :

1 https://www.huffingtonpost.fr/sport/article/benjamin-pavard- raconte-sa-lutte-contre-la-depres-sion-pendant-le-covid-19_208208.html
2 https://www.neonmag.fr/tom-hol-land-quitte-les-reseaux-sociaux-pour-preserver-sa-sante-mentale-559257.html
3 https://www.liberation.fr/sports/jeux-olympiques/sante-mentale-des-sportifs-le-message-de-simone-biles-a-tokyo-resonne-aux-jo-de-pekin-20220215_ DS3KBTYVE5CYDCVYUUN7ZD24QY/
4 https://www.cairn.info/revue-notes-du-conseil-d-analyse-economique-2018-3-page-1.htm
5 https://www.santepubliquefrance.fr/docs/histo-rique-des-competences-psychosociales-en-france
6 https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-strengthening-our-response
7 https://www.fedecardio.org/presse/les-enfants-ont-perdu-25-pour-100-de-leur-capacite-cardio-vasculaire/
8 https://www.anses.fr/fr/content/inactivité-phy-sique-et-sédentarité-chez-les-jeunes-l’anses-alerte-les-pouvoirs-publics
9 https://www.santepubliquefrance.fr/mala-dies-et-traumatismes/sante-mentale
10 https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/2037_bouger_sante_mentale.pdf