Tribune

Par
Anne-Laure Torrésin,
Directrice Générale de la Caisse Centrale de Mutualité Sociale Agricole
Le système de santé français traverse une phase de tension durable : déséquilibres financiers, raréfaction des ressources humaines, inégalités d’accès aux soins et pression environnementale croissante. Dans ce contexte, la sobriété en santé ne se réduit pas à la seule maîtrise des dépenses, mais vise à rechercher la juste utilisation des ressources, en conciliant qualité, équité et soutenabilité.
La Mutualité sociale agricole (MSA), par son guichet unique, s’inscrit pleinement dans cette ambition. Ancrée dans les territoires, elle agit simultanément sur la prévention, la gestion du risque maladie (GDR) et la promotion de la santé publique, avec une vision intégrée du lien entre santé humaine, conditions de travail et environnement.
La démarche s’inscrit dans la stratégie santé de la MSA, qui suit une approche globale et fait de l’approche Une Seule santé son principe d’action principal. Ainsi, elle permet de renforcer la prévention, la résilience et l’efficience du système de santé, contribuant directement à sa soutenabilité à long terme.
Axe 1 – Pratiquer différemment et de façon plus juste
La MSA déploie une approche de gestion du risque maladie (GDR), en coordination avec les autres régimes, visant à améliorer la qualité et la pertinence des soins et à prévenir les pratiques à risque.
– Repérage précoce et prévention secondaire : les actions de GDR s’appuient sur des données populationnelles pour identifier les publics à risque. Cette logique d’anticipation permet de limiter l’iatrogénie, d’éviter les soins redondants et d’orienter les assurés vers des parcours adaptés.
– Pertinence des prescriptions et accompagnement des pratiques : à travers son plan national de GDR et ses Actions d’initiative locale (AIL), la MSA engage des actions sur la juste prescription et la déprescription (médicaments potentiellement inappropriés chez les personnes âgées), la coordination entre soins de ville, travail et prévention.
– Éco-conception des soins et sobriété environnementale : les actions locales de GDR et en santé au travail intègrent de plus en plus la dimension environnementale (transport, promotion de pratiques agricoles favorables à la santé).
En ce sens, la MSA contribue à une sobriété fondée sur la pertinence et la responsabilité collective.
Axe 2 – Repenser les pratiques individuelles et collectives
La MSA porte une vision populationnelle et participative de la santé. Elle articule la prévention, l’accompagnement social et la proximité territoriale pour replacer le patient et le soin au cœur des pratiques.
– Prévention en santé populationnelle : la MSA met en œuvre des programmes d’« aller-vers » et de « ramener-vers » et d’actions collectives ciblant les publics les plus vulnérables (jeunes, exploitants, retraités, aidants). Cette démarche s’appuie sur des partenariats territoriaux et un repérage fin des besoins de santé.
– Entretien motivationnel et empowerment : les équipes pluridisciplinaires de la MSA utilisent des approches centrées sur la motivation et la responsabilisation, favorisant l’autonomie des assurés dans leurs choix de santé.
– Santé perçue comme bien commun : par ses actions locales et son réseau de prévention, la MSA contribue à ce que la santé ne soit plus vécue comme un bien de consommation, mais comme un capital collectif nécessitant des comportements sobres et solidaires.
– Parcours coordonnés pour les patients atteints de maladies chroniques : La MSA s’attache à renforcer la continuité des parcours de soins pour les assurés atteints de maladies chroniques, en favorisant la coordination entre soins primaires, prévention et accompagnement social.
– Sensibilisation des assurés à la juste consommation de certains produits de santé dans le cadre d’actions de gestion du risque, en lien avec les recommandations de la HAS (exemple : consommation de bandelettes de glycémie).
– Le programme d’Éducation thérapeutique ambulatoire à destination des patients polypathologiques, porté par la MSA dans les territoires ruraux, est aussi un levier pour favoriser l’autonomisation des patients chroniques dans la gestion de leur maladie et prévenir les complications consommatrices de soins.
Cette approche réconcilie prévention, efficience et sobriété : prévenir, c’est déjà pratiquer plus justement.
Valeur ajoutée de la MSA
– Une couverture intégrée des champs santé, travail et famille, permettant de croiser les déterminants de santé et d’agir globalement.
– Un ancrage territorial fort, facilitant la mise en œuvre d’actions ciblées et de démarches d’aller-vers et de ramener-vers les dispositifs de prise en charge.
– Une culture d’expérimentation qui favorise l’innovation sociale et organisationnelle au service de la sobriété.
– Une approche intersectorielle, Une seule santé, naturelle pour la MSA, qui préfigure les politiques de santé durable (prévention des zoonoses, lutte contre l’antibiorésistance animale et humaine, promotion de l’alimentation durable…).
