Tribune

Une approche globale de la formation de l’étudiant jusqu’à son installation est par conséquent, nécessaire

Simon Renucci

Député-Maire honoraire de la ville d’Ajaccio

Premier droit de l’Homme, la santé telle que définie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) correspond à un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. La possession du meilleur état de santé qu’il soit capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain. Ce droit à la santé comprend l’accès en temps utile, à des soins de santé acceptables, d’une qualité satisfaisante et à un coût abordable. Fruit du Conseil national de la Résistance (CNR), la Sécurité sociale a permis à tous l’égalité d’accès aux soins et la liberté de choisir son médecin. Pourtant aujourd’hui, la question des déserts médicaux, et de l’accès aux soins sur le territoire, notamment dans les territoires oubliés, où les citoyens perçoivent une réponse à un besoin de soin insatisfaisante, absente ou en péril, est plus que jamais, au cœur des préoccupations des Français.

Face à ce constat, une première proposition s’intégrant dans un projet sociétal plus ambitieux peut être envisagée : développer des contractuels mobilisant les étudiants, les administrations, la Sécurité sociale, les UFR de médecine ainsi que les collectivités territoriales. L’on constate par ailleurs, une dégradation dans le mode d’exercice. Il n’y a en effet plus d’obligation d’assurer les gardes pour garantir la continuité des soins et la médecine fait de plus en plus fréquemment l’objet d’une judiciarisation. Nous passons ainsi d’une obligation traditionnelle de moyens à une obligation nouvellement imposée de résultats. Mais, forme-t-on suffisamment les étudiants à exercer comme auparavant, c’est-à-dire seul face au malade ? Autrement dit à établir un rapport humain de qualité, respectueux de part et d’autre, dans le cadre d’un dialogue singulier ?

Si l’on parle de pénurie de médecins, absents de certains territoires, l’une des questions que l’on se pose inévitablement concerne la liberté du médecin de choisir son lieu d’installation. Une approche globale de la formation de l’étudiant jusqu’à son installation est par conséquent, nécessaire. En premier lieu, il faut identifier des territoires (souvent ruraux) avec des besoins ponctuels lors des départs à la retraite ou des besoins structurels tels que la création de centres de santé. Dans le cadre de ces maisons de santé, l’exercice médical sera moins isolé et le médecin pourra bénéficier de nouvelles technologies et d’outils spécifiques, tout en étant accompagné par d’autres professionnels de santé (infirmières, pharmaciens etc.). Une fois ce constat établi, la question de l’incitation à répondre positivement à ce mode d’exercice se pose. Il convient alors d’envisager la création d’une nouvelle filière qui permettrait de former les médecins à une médecine de proximité, en effectuant par exemple des remplacements dans les territoires ruraux ou bien encore par la mise en place d’un cursus de formation qui répondrait à l’apprentissage des techniques, à la médecine à distance (connectée) et aux gestes d’urgence, seul ou en équipe. Ce nouveau cursus serait porté par une chaire d’enseignement avec une équipe spécifique, en milieu hospitalier.

Il convient ensuite d’envisager une durée de pratique de 5 à 7 ans, contractualisée ou non avec la Sécurité sociale et l’hôpital, avec un mode d’exercice dans une structure existante (par exemple un cabinet médical) ou à créer. À l’issue de cette période, le choix serait ouvert à un autre mode d’exercice : poursuivre ce type de médecine avec dépassement d’honoraires reconnue et remboursée ailleurs sur le territoire ; intégrer une spécialité comme l’ancien CES (certificat d’études spécialisés) préalablement choisi avec un professeur de la spécialité, précédé d’un stage et en relation avec ce service pendant ces 7 ans ; se présenter au concours de médecin hospitalier ; être médecin dans une administration (Sécurité sociale, médecine scolaire).

La proposition d’installation initiale tiendrait compte de la vie familiale, des modes de vie du territoire pour faciliter le travail du conjoint ou de la conjointe. Selon le bassin de vie, il faudrait s’assurer qu’il y ait une structure administrative (école, maison de services publics, gendarmerie, poste etc.). L’installation tiendrait compte également de la démographie, des conditions socio- économiques et de la mise en place d’un service d’urgence avec les sapeurs-pompiers. Pour faciliter l’installation, l’exercice devrait s’effectuer en secteur 1 et le remplacement serait assuré en période de vacances et par week-ends.

L’activité du médecin serait renforcée par une ou plusieurs infirmières ou cadres de santé, formées aux urgences, pouvant accomplir des actes de prévention et d’évaluation. Cette proposition pourrait également s’appliquer aux centres de santé et aux urgences. La mise en œuvre de ces propositions peut être rapide pour répondre à des besoins ponctuels existants mais aussi progressive en anticipant les futurs besoins, en relation avec les futurs médecins retraités et toujours en coopérant avec les autres professionnels de santé en médecine libérale.

Cette nouvelle filière, organisant un mode d’exercice libéral qui répondrait aux besoins de certains territoires, doit rassembler les acteurs de santé, les responsables politiques et administratifs, et mettre à disposition les moyens indispensables à sa mise en place et nécessite aussi l’adhésion et la participation des citoyens par la mise en œuvre d’un carnet de santé digital aussi bien pour les soins que pour la consultation annuelle de prévention. Au total, les médecins sont des acteurs de santé reconnus, accompagnés, respectés, travaillant collectivement pour une médecine de qualité et évaluée avec un rapport patient/médecin de confiance. Oui il y a des solutions innovantes à la réponse aux besoins de santé, laissons expérimenter, et accepter que des chemins différents conduisent aux même but.