INTERVIEW
Certains GHT s’ouvrent sur la médecine de ville dans certains territoires, mais ils ne peuvent être, ni juridiquement, ni dans le concept, la base du regroupement des acteurs de santé au niveau d’un territoire

Dr Jean-Paul Ortiz

Président de la CSMF       

La  mise en place des GHT participe à un mouvement plus large de regroupement des acteurs de santé sur une base territoriale, comment analysez-vous ce mouvement et comment appréhendez-vous la place des GHT ?

La mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT) permet la mise en cohérence des différentes structures hospitalières publiques. La loi définit ces GHT en excluant l’hospitalisation privée et l’ensemble de la médecine libérale. Certains GHT s’ouvrent sur la médecine de ville dans certains territoires, mais ils ne peuvent être, ni juridiquement, ni dans le concept, la base du regroupement des acteurs de santé au niveau d’un territoire. En effet, ceci reviendrait à centrer la santé dans les territoires sur les structures hospitalières, alors qu’il faut au contraire construire l’organisation des soins au plus près des populations, donc en se reposant sur la médecine de proximité qui constitue un maillage très fin. 

Certains préconisent l’ouverture des GHT à la médecine de ville : ceci ne peut s’envisager qu’après des modifications réglementaires indispensables ou dans l’attente, très ponctuellement sur des thèmes ou des exemples particuliers. Il faudrait donc, à côté des groupements hospitaliers territoires, permettre le regroupement des acteurs de la médecine de ville de façon à aboutir à la réunion de regroupements des différents offreurs de soins : les structures hospitalières publiques d’un côté, et les offreurs de soins privés et libéraux de l’autre, réunis dans une seule et même structure que certains appellent de leurs vœux sous forme de groupements de santé.

La médecine libérale doit-elle avoir une place dans les GHT ?

Les GHT sont construits réglementairement sans la médecine de ville. Toutefois, ceci ne n’est pas incompatible avec les relations de coopération existantes entre les structures hospitalières publiques et la médecine libérale déjà construites dans les territoires et qu’il faudrait certainement développer. Ces relations ne peuvent se concevoir que dans le respect mutuel et au regard des caractéristiques de chacun. Ces coopérations issues des relations locales dans les territoires sont certainement à développer afin d’ouvrir l’hôpital sur la ville.

Une nouvelle ministre vient d’être nommée, quelles sont vos revendications pour une offre de soins plus efficiente et mieux répartie ?

La médecine libérale souffre d’une dérive bureaucratique de son exercice, et d’un manque criant de moyens. Elle a un défi à relever : celui de sa réorganisation, autour du nécessaire regroupement afin d’assurer une continuité des soins et un accès aux soins pour tous, tant d’un point de vue géographique que temporel. Ce mouvement a déjà été amorcé en médecine générale avec les maisons de santé pluriprofessionnelles, ou en médecine spécialisée en particulier pour accéder à des plateaux techniques lourds. Mais il doit être renforcé et se développer partout. C’est ainsi que nous aurons une offre de soins accessible qui évitera un recours à l’hôpital à la fois désordonné et coûteux tout en maintenant une offre de soins de proximité.