Tribune

« Les jeunes d’aujourd’hui redéfinissent la notion de « valeur travail » de manière innovante qui atteste d’un rapport au monde différent »

Olivier Vandard
Directeur adjoint au SGPI en charge de la jeunesse, de l’éducation et de la formation professionnelle

Dans un monde où les critiques fusent souvent à l’encontre de la jeunesse, prétendument obsédée par les réseaux sociaux et les loisirs, volontairement paresseuse, il apparait bien au contraire que les jeunes d’aujourd’hui redéfinissent la notion de « valeur travail » de manière innovante qui atteste d’un rapport au monde différent. Ce rapport au monde est logiquement le résultat des transformations majeures que nous connaissons aujourd’hui à l’échelle de la planète. Avec deux transitions qui entrainent des modifications en profondeur des modes de production et à l’organisation du travail qui en découle que sont la transition numérique (amplifiée avec l’IA générative) et la transition écologique.

Ce que nous savons : 

1. Les jeunes accordent de l’importance à la valeur travail mais souhaitent que cette dimension occupe une place équilibrée dans leur vie. Ils sont plus nombreux que leurs aînés à valoriser les loisirs, la famille et les amis, et à adhérer à l’idée du « droit à la paresse ». (Enquête IFOP/Marianne du 9 décembre 2022).

2. Les jeunes sont porteurs d’une conception polycentrique de l’existence, où le travail n’est qu’une des sphères qui composent leur identité. Leur regard sur le travail est ambivalent et reflète les disparités de leur situation professionnelle. Ainsi, les jeunes occupant les positions les plus favorables mettent en avant l’équilibre entre travail et hors travail, l’intérêt du poste ou l’autonomie, tandis que ceux qui ont des situations plus complexes insistent sur le niveau de rémunération ou la sécurité de l’emploi. (Les jeunes face aux travail : un regard ambivalent, reflet des disparités, INJEP ; juin 2019).

3. La valeur accordée au travail est remise en question aujourd’hui, particulièrement chez les plus jeunes. Ils attendent de leur emploi de l’autonomie, du sens, de l’instant présent. Ils ne recherchent plus un emploi à vie, ni une carrière ininterrompue, mais des expériences diverses, en phase avec leurs valeurs. (Article de W. Tacquard dans Focus RH, 08/02/2022).

4. Les jeunes opèrent une révolution dans leur rapport au travail, en quête de sens et de bien-être. Ils sont avides de mobilité, de flexibilité, de formation continue. Ils sont attirés par les entreprises qui leur offrent des opportunités de développement personnel et professionnel, qui respectent l’environnement et qui ont une vision claire de leur avenir. (Article des Echos/IPSOS…).

Ce qu’il est important de ne pas omettre :

1. La jeunesse n’est pas uniforme, mais plutôt plurielle. En 2022, 12 % des jeunes ne sont ni employés ni engagés dans une formation, et leurs préoccupations peuvent différer de celles des jeunes impliqués dans des études supérieures. La pauvreté et la précarité touchent un nombre croissant de jeunes, y compris les étudiants, le taux de pauvreté chez les jeunes a doublé en dix ans (Baromètre d’opinion 2020 et 2021, DRESS juillet 2021). Sur les 5,3 millions de jeunes en France en 2017, la moitié étaient confrontés à cette réalité.

2. Le sens attribué au travail devient un élément central dans une période où le chômage connaît une baisse significative et où les tensions de recrutement sont fortes pour la majorité des entreprises. Les jeunes ont désormais la possibilité de choisir les entreprises et les secteurs en accord avec leurs valeurs.

3. Le rapport à la valeur travail doit également prendre en compte le développement croissant de l’entrepreneuriat chez les jeunes. En 2012, la part des entrepreneurs de moins de 30 ans s’élevait à 28 %, et aujourd’hui, elle atteint 41 %. Cette évolution est liée à un désir croissant d’autonomie, de flexibilité, mais aussi à la volonté de contribuer au bien commun en résolvant des problèmes sociaux, économiques et environnementaux.

En conclusion, malgré les défis économiques et sociétaux ainsi que les incertitudes auxquels ils font face, les jeunes semblent manifester une véritable résilience face aux obstacles qui les touchent, tels que la pauvreté, le changement climatique, et plus récemment, la pandémie. Cette génération est loin d’être apathique vis-à-vis de la valeur travail ; au contraire, elle la réinvente.

Les jeunes qui, loin de succomber à la paresse présumée, révolutionnent la manière dont nous comprenons la valeur travail. Ils défient les stéréotypes, embrassent l’innovation, investissent dans l’apprentissage continu et intègrent des valeurs sociales et écologiques dans leur quête professionnelle.