ACCUEILLIR DAVANTAGE DE PATIENTS EN RÉANIMATION NE S’EST PAS EFFECTUÉ ET NE S’EFFECTUE PAS SANS DIFFICULTÉS PUISQUE PRENDRE EN CHARGE DES PATIENTS EN RÉANIMATION, NOTAMMENT ATTEINTS PAR LE COVID-19, NÉCESSITE DE DISPOSER D’ÉQUIPEMENTS, DE DISPOSITIFS MÉDICAUX ET DE MÉDICAMENTS SPÉCIFIQUES

Sébastien Hidalgo

INFIRMIER COORDINATEUR AU SERVICE DE RÉANIMATION DE L’INSTITUT MUTUALISTE MONTSOURIS

La crise sanitaire que nous traversons actuellement, en lien avec l’épidémie du SARS-CoV-2, aura révélé qu’il est indispensable de privilégier la santé avant tout autre domaine. En parallèle, de par la nécessité pour des milliers de patients atteints par le COVID-19 d’être hospitalisés en réanimation, cette crise aura mis sur le devant de la scène cette discipline et les difficultés liées à sa spécificité. Afin d’éviter d’être confrontés de nouveau à ces contraintes, nous pourrions nous interroger sur la capacité d’accueil de patients en réanimation sur le territoire français. D’autre part, au regard de cette spécificité, nous pourrions également nous questionner sur la formation de l’infirmier de réanimation.

Capacité d’accueil en réanimation sur le territoire

Avant que la crise ne survienne, comme l’a évoqué M. Véran, ministre de la Santé, la France disposait de « 5000 lits en réanimation ». Malgré une durée moyenne de séjour en baisse, notamment en lien avec le développement de la récupération améliorée après chirurgie, d’après mon expérience et d’après des évènements évoqués dans la presse, une réorganisation et/ou une augmentation du nombre de lits en réanimation sur le territoire français pourraient améliorer l’accès aux soins. Elles pourraient aussi permettre un traitement plus rapide des pathologies des patients devant impérativement être pris en charge en réanimation durant leur hospitalisation (par exemple après une chirurgie cardiaque).

Dans le cadre de l’épidémie à SARS-CoV-2, afin d’assurer la prise en charge de l’ensemble des patients atteints par le COVID-19 et nécessitant des soins en réanimation, en plus des autres patients devant être hospitalisés en réanimation, le nombre de lits en réanimation en France a certainement été multiplié par plus de deux grâce à une réorganisation des établissements de santé publics et privés ; des milliers d’interventions chirurgicales non urgentes ont été déprogrammées ; des évacuations de patients vers d’autres régions moins touchées par l’épidémie ont été réalisées ; un hôpital militaire de campagne a été monté à Mulhouse. Ces actions ont démontré que le monde de la santé est capable de s’organiser, d’anticiper, de s’adapter et de collaborer.

Mais cela ne s’est pas fait sans mal. Accueillir davantage de patients en réanimation ne s’est pas effectué et ne s’effectue pas sans difficultés puisque prendre en charge des patients en réanimation, notamment at- teints par le COVID-19, nécessite de disposer d’équipements, de dispositifs médicaux et de médicaments spécifiques. Or, des tensions d’approvisionnement de dispositifs médicaux (sondes d’intubation, matériels pour dialyse) et de médicaments (hypnotiques, curares) ainsi que des contingentements ou des indisponibilités d’équipements (consoles d’ECMO, pompes pour alimentation entérale, pousse-seringues électriques) ont été constatés. Il faut également que du personnel formé soit disponible. Cependant, des professionnels de santé non habitués aux pratiques de la réanimation ont été amenés à y exercer.

Formation de l’infirmier de réanimation

« Les unités de réanimation doivent être aptes à prendre en charge des patients présentant ou susceptibles de présenter plusieurs défaillances viscérales aiguës circulatoires, rénales et respiratoires, mettant en jeu leur pronostic vital. Ces patients nécessitent la mise en œuvre prolongée de méthodes de suppléance telles que la ventilation artificielle, le support hémodynamique, l’assistance rénale ». Donc, les soignants exerçant en réanimation sont amenés à posséder des compétences particulières, à assurer des prises en charge et à réaliser des soins non rencontrés dans les autres disciplines.

Or, comme il est évoqué dans le « Référentiel de compétences de l’infirmière de réanimation » publié en 2011, ces compétences sont peu abordées durant la formation en soins infirmiers et « contrairement à d’autres pays d’Europe, (…) le métier d’infirmière de réanimation n’est pas reconnu en France. Il n’existe pas de diplôme ni de formation diplômante dédiés à l’exercice en réanimation ». Actuellement, après avoir été embauché, l’infirmier est intégré plus ou moins longtemps selon la possibilité pour l’établissement et le service en termes de budget et de ressources. Le contexte de pénurie d’infirmiers sur le terrain renforce les difficultés de formation des nouveaux professionnels. L’infirmier sera alors conduit, après son intégration, en collaboration avec les autres professionnels du service, à développer les compétences nécessaires pour être autonome. En réanimation, cette autonomie est généralement acquise après plusieurs mois d’exercice de par la spécificité de cette discipline.

Dans le cadre de l’épidémie du SARS-CoV-2, des soignants n’exerçant pas habituellement en service de réanimation, ont été amenés, en plus de la spécificité de prise en charge de patients atteints du COVID-19, à développer des compétences dans ce domaine.

IL SEMBLE FORTEMENT PROBABLE QUE SI LE TERRITOIRE FRANÇAIS DISPOSAIT D’UNE ORGANISATION DIFFÉRENTE ET/OU DE PLUS DE LITS EN RÉANIMATION, LES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES LORS DE CETTE CRISE AURAIENT ÉTÉ MOINDRE

Conclusion

La particularité du domaine de la réanimation a été mise en lumière
par la crise sanitaire actuelle sur deux aspects : uniquement les services de réanimation sont en capacité d’accueillir des patients présentant ou sus- ceptibles de présenter de multiples défaillances mettant en jeu leur pronostic vital ; les services de réanimation nécessitent des moyens spécifiques en matière d’équipements, de dispositifs médicaux, de médicaments et de professionnels.

Il semble fortement probable que si le territoire français disposait d’une organisation différente et/ou de plus de lits en réanimation, les difficultés rencontrées lors de cette crise auraient été moindre. Davantage de lits de réanimation, d’équipements, de dispositifs médicaux, de médicaments et de personnels formés auraient certainement été disponibles dans les régions les plus touchées par l’épidémie. Ainsi, moins d’interventions auraient dû être déprogrammées, permettant un meilleur accès aux soins et un moindre impact économique pour les établissements de santé.

D’autre part, en plus d’une revalorisation méritée pour l’ensemble des professionnels de santé en lien avec les activités et les missions réalisées, il parait indispensable que la profession d’infirmier de réanimation, nécessi- tant des compétences spécifiques, soit reconnue comme une spécialisation au même titre qu’un infirmier de bloc opératoire, anesthésiste ou puériculteur.

Finalement, il semblerait qu’une réorganisation et/ou une augmentation du nombre de lits en réanimation sur le territoire ainsi que la spécialisation de l’infirmier de réanimation amélioreraient l’accès aux soins, la qualité et la sécurité des soins au quotidien et dans le cadre d’une crise sanitaire.